Collé au cul des socialistes avec près du double des voix du MoDem, Europe Eocologie a surpris dimanche... Le challenge, maintenant, est de passer de la surprise à l’intégration dans le paysage politique français et champardenais...
Cet article est le deuxième d’une série de trois articles consacrés aux résultats des élections européennes 2009 en France et dans l’Aube.
Grand vainqueur du scrutin de dimanche Europe Ecologie est placée face à ses contradictions.
Daniel Cohn-Bendit raillait dimanche soir ceux qui reprochaient à sa liste d’être l’alliance de la carpe et du lapin. Et, s’il avait raison de ridiculiser ceux qui le voyaient perdant avant dimanche, il avait tort de s’offusquer de cette remarque. D’abord parce que, pour un écologiste, être l’alliance de la « carpe et du lapin » c’est quand même beaucoup mieux qu’être celle de la dioxine et du césium 137… Ensuite parce que… c’est vrai ! Reconnaître cela c’est constater une évidence. Réunir José Bové fervent défenseur du « Non » au TCE et Cohn-Bendit dynamique combattant du « Oui » (aux côtés d’un certain François Bayrou) c’était déjà une contradiction évidente mais la liste des mouvements qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres ne s’arrête pas là. Des écolos franchouillards « néosoixantehuitards » cohabitent avec des Verts ultragauchistes, les protecteurs des baleines côtoient les défenseurs d’éoliennes, les libertaires s’acoquinent avec les orthodoxes de l’antinucléaire, des altermondialistes s’amourachent de fédéralistes à tous crins… Ce vaste rassemblement hétéroclite ne pouvait ni convaincre ni gagner… Il a pourtant réussi ce pari impossible, il a convaincu, il a gagné…
Explication d’une victoire non annoncée.
Jusqu’à la Pentecôte, jusqu’à ce que l’Esprit-Saint tombe sur les instituts de sondage, Europe Ecologie était créditée de peu de voix. Un de mes amis, vieux militants de la cause verte malgré ses trente-quatre ans, m’a beaucoup parlé de cette campagne. Dynamique, franchement en dehors des sentiers battus, souterraine, elle était tout à fait originale… Tellement originale qu’on s’étonnait, jusqu’au dernier jour, qu’elle ne prenne pas… Et, en effet, elle n’a pas pris ! En tout cas elle n’a pas pris dans les médias qui se sont obstinés à ne pas la voir. Pas par mauvaise volonté (quoique…) mais surtout parce qu’elle sortait tellement de la norme qu’elle en devenait invisible pour l’observateur classique ; c’était quasiment un « déni de campagne », une réalité visible, évidente, obsédante mais que les observateurs n’ont pas vu…
Les citoyens eux l’ont vu… Enfin quand nous disons les citoyens, il s’agit d’une toute petite parcelle de l’opinion mais qui voulait entendre le message… La communication c’est cela : un émetteur et un récepteur. Si l’émetteur est mauvais il n’est pas entendu ; si le récepteur n’est pas prêt, il n’entend pas… « Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… »
Sous l’impulsion du Front national on discute beaucoup, dans les Etats-majors, de l’influence de la diffusion de « Home » de Yann Arthus-Bertrand dans le choix des électeurs… C’est oublier une évidence : projeté il y a 10 ans (2 ans même), ce film n’aurait fait aucune audience et aurait été ignoré des téléspectateurs donc des électeurs. C’est maintenant, en 2009, que les citoyens préfèrent regarder un tel film (avec sa conclusion que je trouve épouvantable…) que d’admirer l’équipe de France de Foot. Le raisonnement ne doit pas être « Home a favorisé Europe Ecologie », mais « le fait que la diffusion d’Home ait été un succès, confirmé par le succès d’Europe Ecologie, prouve que la survie de la planète est devenue une préoccupation importante pour les Français »… Les Français étaient prêts à regarder Home et à voter Europe Ecologie… enfin certains d’entre eux !
Il faut d’ailleurs reconnaître que le mérite de cette prise de conscience revient à beaucoup d’associations ou de personnalités d’Europe Ecologie… Le terrain était donc prêt, la graine écologique pouvait être semée… La pluie a fait le reste… Pluie de l’erreur stratégique du MoDem, du PS et des autres transformant ce scrutin en référendum anti Sarkozy ; pluie d’une campagne bien menée, souterraine, utilisant internet et mêlant, habilement un zeste de « communauté post 68 », un soupçon d’antinucléaire, quelques centilitres de défense de la bonne bouffe, un peu de fédéralisme, un peu de désarmement, trois glaçons d’Europe sociale, un peu d’antiracisme, quelques lampées de défense de la santé, beaucoup de rêves, énormément de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et tout cela noyé dans beaucoup de bonne humeurs…
Dans un monde qui a peur, face à des politiciens sinistres, Europe-Ecologie apporte de la joie, du dynamisme et de l’énergie...
Personne ne le dit, mais je crois, personnellement, que c’est cette bonne humeur qui a fait gagner Europe Ecologie.
Face à des politiques sinistres, à des programmes calamiteux, après la crise, le chômage, les catastrophes, le terrorisme, la banquise qui s’effondre, les ouragans, le printemps pourri, l’accident de l’Airbus, contre des programmes d’un sérieux à s’endormir… en ce début de printemps, pour préparer les vacances, Europe Ecologie chantait et dansait… Et ceci mêlé à la face rigolote de Daniel Cohn-Bendit a fait ressurgir les fantasmes de milliers de vieux bourgeois [1] qui se sont soudain rappelés qu’ils avaient défilé en 68 ou rêvé d’avoir pu défiler. Et comme ce qui est ancien est beaucoup mieux que ce qui est présent, comme on voudrait retrouver l’amour libre sans préservatifs, l’expression libérée, les « interdit d’interdire »… la campagne a fait mouche et fait rêver de nombreux Français… Qu’importe alors qu’Europe Ecologie n’ait pas de vrai programme, qu’importe que les imprécations pro-Europe de ses leaders n’aient pas beaucoup plus de fondements que leurs délires antieuropéens du temps du TCE ; qu’importe le mariage de la Carpe ou du Lapin, s’ils se marient et s’ils semblent être heureux… 16 % des votants ont adhéré à cette invitation à la fête et ont encore plus ri quand ils ont vu la tête des autres ce soir-là !
Ne vous méprenez pas, je ne veux pas dire que les écologistes n’aient pas d’idées ou de programme, je veux dire que leur apparente absente de cohésion était contrebalancée par une extraordinaire énergie et que c’est cette énergie qui a gagné…
Une de mes amies me disait l’autre jour que voter ne servait à rien… Je pensais en regardant dimanche le succès de ces « vieux gamins » qu’elle avait tort ! Car voter permet parfois de donner des grands coups de pied dans la fourmilière et peut-être de changer le monde…
Justement, le problème est là… pourront-ils changer le monde ; pourront-ils aller plus loin ?
Et après ?
Là, ce n’est pas gagné… D’abord parce qu’il ne faut pas rêver les 2 802 950 voix d’Europe Ecologie ne représentent que 6,3 % des inscrits… Y’avait finalement plus de gens qui dormaient dimanche soir que de personnes qui faisaient la fête ! Ensuite parce qu’il faut transformer un vote instinctif d’un jour en force politique constructive… et là ce n’est pas gagné, demandez à François Bayrou… Ensuite les contradictions, les oppositions auront bien du mal à se pétrir, à se mêler dans la même pâte pour de prochaines échéances. Enfin, voter pour Europe Ecologie aux Européennes c’était marrant et ça n’engageait à rien… Quant à choisir ces olibrius pour les autres scrutins… plus difficiles !
Difficile mais pas impossible. Jean-Marie Le Pen Pen a bien réussi à homogénéiser l’extrême droite française pendant longtemps, pourtant, jusqu’en 1981 elle était encore plus divisé que les écologistes d’aujourd’hui… Il faut dire que dans cette entreprise, François Mitterrand l’a bien aidé et la stupidité de la droite française aussi… Le parallèle stratégique (pas idéologique, je suis loin de mêler l’ideux à l’original et il n’y a, bien sûr, aucun rapport structurel [2] entre l’écologie et les néo nazis…), le parallèle stratégique donc mérite qu’on s’y arrête car Sarkozy va être bien tenté d’utiliser cette arme anti-PS et anti-MoDem au maximum et il n’est pas sûr que nos amis socialistes ne soient pas devenus aussi stupides que « la droite la plus bête du monde » des années 80…
Espérons qu’Europe Ecologie parvienne à passer cette étape car la déception populaire serait grande si les rêves du 7 juin s’évanouissaient en fumée… Il faudra à Dany et à ses copains beaucoup d’intelligence, de conviction et un peu de chance… C’est possible, pas gagné !
Dans l’Aube !
Dans l’Aube Europe Ecologie c’est 8864 électeurs, 2 % de plus que le MoDem bien loin des 24 372 qui ont voté UMP et pas trop loin des 6965 qui ont voté FN… Mais c’est surtout, ici comme ailleurs, un grand meltingpot mêlant ONG, rêveurs, militants écologistes durs et gauchistes convaincus avec d’anciens socialistes et pas mal de personnes ayant voté MoDem il y a peu…
Les Verts aubois regroupent une quarantaine de militants plutôt orientés à gauche, quasiment personne. Le challenge ici est de regrouper les votants, de les faire s’inscrire dans un mouvement dynamique et d’effacer les différences. Difficiles…
Difficiles parce qu’il faudrait que les Verts historiques ne pensent pas, du fait de leur ancienneté, détenir la vérité,
Difficile parce qu’il serait nécessaire que les dissidents d’hier puissent rejoindre le groupe,
Difficile parce qu’il y a une grande différence entre un militant qui aime la politique et un associatif dynamique qui aime l’investissement sur des cibles précises,
Difficile enfin parce que les nouveaux voudront être entendus et que les anciens exigeront de ne pas être oubliés…
C’est difficile, mais possible, pour deux raisons :
L’histoire d’abord… Jaïm Myara et consort se sont énormément moqués des écolos aux dernières régionales, ignorants avec superbe les 7 % de voix menées par Françoise Delplanque alors, pour n’accepter ni négociation, ni partenariat au second tour… 7 % des voix au premier tour, aucun élu au second… Cela a laissé des traces, traces qui seront réactivées parce que le PS régional, s’il veut sauver sa région, aura énormément besoin des voix écologistes en mars 2010… Gageons que le « coup de pied de l’âne » d’hier sera encore douloureux aux fesses des écologistes et que ces voix vaudront chères, très chères… Mais cette opposition entre PS et Verts pourra pousser les écologistes à présenter une liste indépendante au premier tour des régionales et, peut-être, à transformer l’essai…
Le terrain enfin, le PS aubois reste conservateur et proche du PC (voir 1 - Le Parti Socialiste) les anti-européens y sont nombreux et les éléments dynamiques dispersés et non dominants. Difficile pour lui de s’ouvrir en gardant la même politique…
On le voit, le succès d’Europe Ecologie c’est aux régionales qu’on le verra. Soit les électeurs et les militants réussissent la transformation en gardant leur indépendance (au moins jusqu’au premier tour) et ils auront gagné une place pour longtemps dans la politique champardenaise, soit les vieilles rancunes, les vieilles bagarres et la rouerie des politiciens réussiront à faire tourner la sauce et la grande fête de dimanche restera un joli souvenir sans conséquence véritable…









