Le Doc’ fulminait sur son lit d’hôpital. Il espérait que le Souris avait bien compris son message et qu’elle allait le lui faire, son papier dans le Daubé Eclair, et en première page de préférence ! Après tout le mal qu’il s’était donné... Personne n’avait remarqué qu’il avait soigneusement entamé quelques filins de son cordage avec un bistouri, une arrête rocheuse judicieusement choisie ayant fait le reste..
Parce qu’il les emmenait partout avec lui, ses outils de travail, en particulier lors des soirées spéciales du "maître", certains et certaines avaient besoin de voir perler le sang pour trouver l’excitation nécessaire à leurs "jeux". Ce n’était pas tellement qu’il les appréciait, ces pratiques, ça c’était plutôt du ressort de Bourmain ou de son frère, mais il s’en était fait une spécialité et ça complétait bien son petit carnet. Toujours utile, ce genre d’information, surtout sur les personnalités présentes à ces soirées, quoique pour Bourmain, maintenant...
C’est justement l’une de ces personnalités à qui il avait rendu service en soignant discrètement un appendice quelque peu malmené par ces jeux qui l’avait prévenu que le maître avait décidé de "faire le ménage", et que personne n’était à l’abri....même le capitaine était compromis et on le faisait surveiller par un OPJ pressenti pour lui succéder.
Donc, il savait pour Bourmain, pour la fille, pour le capitaine, et même pour le Président sénateur à vie et pour Chaffoin.... et il n’avait vraiment pas envie de se retrouver mêlé à ça, surtout qu’il venait tout juste de se faire accepter par le système ! Qu’ils fassent venir un légiste parisien ou même l’apothicaire qui avait eu la peau de la Loca, il s’en foutait, mais pas lui. Il en savait déjà beaucoup trop, sur le Président Sénateur à vie, sur Chaffouin, sur les fauteurs de troubles qu’il s’amusait à téléguider en sous-main, et même sur cette fameuse histoire de kilo de patates... Finalement il n’était plus si sûr que son petit carnet serait suffisant...et il avait préféré prendre les devants... Et puis les coups tordus, il connaissait bien depuis qu’il était tombé dans la marmite en étant petit.
Alors oui, il avait "organisé" son accident, mais il avait commis une grossière erreur : il avait présumé de sa forme physique et avait dévissé de trop haut, sa jambe était en miettes et lui faisait un mal de chien ! Et puis dans l’accident la pointe du bistouri s’était cassée et coincée dans une anfractuosité de rocher...
C’était pas tellement la perte de la pointe qui le préoccupait, personne n’irait voir là haut, c’était la réaction de ses assistantes qui vérifiaient régulièrement le bon état de son matériel et qui allaient encore lui chauffer les oreilles !
Enfin, un problème à la fois, celui des donzelles serait réglé plus tard, de toute façon il savait comment les reprendre en mains.
Il avait échappé à l’autopsie et il espérait bien que la Souris allait parler de son "accident" en gros titre, histoire de brouiller les pistes, il aimait bien nager entre deux eaux, le Doc’, mais il n’avait pas envie de finir dans le canal. Il ferait d’ailleurs bien de la rappeler, pas normal qu’elle ne lui donne pas de nouvelles. Il ferait bien d’appeler aussi Otto les tuyaux percés, tiens tant qu’à faire, avec cette fouine il était sûr que tout Troyes serait au courant le lendemain... oui, bonne idée tiens..
Il allait décrocher son téléphone quand la sonnerie retentit et il entendit une voix hystérique, c’est la voix de sa conscience (quelle connerie il avait fait ce jour là de l’appeler comme ça !) qui lui hurlait comme d’habitude aux oreilles "non mais c’est quoi encore ces conneries bordel ! deux cadavres qui polluent encore plus le canal, Chaffouin qu’a failli me renverser en allant chez le Président sénateur à vie, la Souris convoquée comme suspect au tribunal.."
Comme elle reprenait son souffle il la coupa et dit "quoi la Souris suspecte merde !! arrange toi pour que l’info circule demande au Panaché de faire un article sur le blog !" et il raccrocha sans écouter la réponse comme à son habitude.
Merde ....il allait devoir changer ses plans...il était peut être temps de ressortir cette histoire de kilo de patates...






