NDLR : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
La mob de la souris était encore toute fumante. Quelle idée d’installer le siège de « Daube et Clair » si loin du centre !!! Face à une usine de mâts au destin bien branlant... Mais pourquoi ne se reconvertissaient-ils pas dans le mât d’éoliennes ? Il devrait y avoir un marché local conséquent, de quoi amortir un investissement de reconversion de base et proposer un produit concurrentiel... Les lobby locaux étaient peut-être déjà sur la piste . Il fallait qu’elle pense à faire une enquête. Elle avait des enquêtes plein la tête, la souris. Oui, l’appel de « Otto les tuyaux percés » avait fait ressurgir ces quelques pensées alors qu’elle contemplait ces mâts géants qui trouvaient de moins en moins preneurs.
De son côté, le capitaine ne parvenait pas à sortir de son esprit l’enchaînement irrémédiable de sa lente immersion dans le « système ». Oui, ces longues soirées érotiques à outrance n’étaient qu’une couverture, une des plus agréables, mais une couverture. La rumeur circulait qu’en ville, comme dans toutes les autres villes, d’ailleurs, il existait un cercle privé réservé à une certaine élite où ses représentants se rencontraient régulièrement pour faire autre chose qu’enfiler des perles. L’alibi était parfait ! Qui aurait pensé que derrière cette façade fort agréable, se cachait un « système » autrement plus sérieux ?
Oui, la chienlit s’installait peu à peu. Ce n’était plus 68, où des bandes de jeunes quelque peu idéalistes pensaient refaire le monde à coup d’idéaux. Les jeunes avaient vieilli, s’étaient rangés des voitures. Mais, depuis quelques temps, des associations locales s’évertuaient à faire tomber à l’eau de gros projets dans le département. De gros projets dans lesquels le « maître » était personnellement impliqué. De gros projets portés par des membres influents du « système ». Parmi ceux-ci, un complexe industriel « mondial » d’énergie liquide. Le « maître », pensa le Capitaine, avait peut-être à voir avec cet empire familial, cette dynastie régnant depuis plus d’un siècle sur la destinée économique de la région. Côté carrure ça pouvait coller. Côté appétit inextinguible de pouvoir aussi. Il faudrait qu’à l’occasion il utilise son logiciel de comparaison d’empreintes vocales pour voir si côté voix ça collait aussi. Il avait pris la peine, la nuit où le « maître » lui avait proposé ce poste occulte, d’enregistrer leur échange. Et le masque qu’il portait toujours ne devrait pas avoir altéré sa voix.
Une autre question le taraudait, dont il ignorait la réponse : Qui se cachait derrière ces associations ? Quelle organisation secrète et rivale du « système » mettait en péril le long travail du « maître » ? Il suspectait quelques membres même du système. Pourquoi pas le « doc » ? Ce dernier avait été initié et intégré au « système » pour le faire rentrer dans le rang. D’ailleurs, il s’était quelque peu calmé, une fois élu grâce au « système ». Et le système avait éliminé politiquement son plus encombrant allié. De fait ses interventions devenaient de plus en plus mesurées et de pur principe, laissant cependant à l’opposition l’espoir d’une alliance ; une alliance pour mieux la piéger ? Pour mieux la manipuler ? Que voulait réellement le Doc’ ? Jouait-il un double jeu ? Rien ne permettait de le relier à la tête sans corps, sauf peut-être quelques vieilles relations de jeunesse, quand il fréquentait les réseaux d’extrême droite ? Si tant est que ces rumeurs soient fondées. Lui aussi, on l’accusait d’avoir frayé avec les néo-nazes, alors qu’en bon capitaine il n’avait fait que naviguer à vue pour ne pas tomber dans leurs filets. Une chanson lui revint en mémoire « Ah le petit vin blanc, qu’on boit sous les tonnelles, du côté de Nogent... », une de celles qu’il chantait avec ses potes pêcheurs (ex de la Marine et anti-conformistes-romantiques comme lui) quand ils pelotaient les filles sur les bords de l’Aube. Ça lui rappela que dans un des villages près de Nogent, justement, il y avait une fondation tenue par la fille d’un producteur de cinéma très connu. Un qui avait travaillé avec Mocky... ou bien Chabrol. Merde ! Il se faisait vieux et sa mémoire flanchait surtout sur les noms propres. Ce producteur avait une particularité, il était très versé dans l’histoire de l’alchimie. Il avait d’ailleurs un ami troyen qui lui aussi suivait les signes de piste laissés au fil des siècles par ceux qui de près ou de loin avaient flirté avec la quête d’une certaine immortalité. Le cercle magique, les sept cercles. Marrant qu’il pense à ça maintenant, quel rapport avec le « maître » ou les associations ? Il ne manquait plus qu’une histoire de vase ou de « matrice », et l’on se retrouverait dans un scénario digne du « Da Vinci Code » ; d’ailleurs, quoi de plus normal, à Troyes, une histoire tournant autour du Graal ?






