L’accès à l’éducation des filles est de fait un phénomène qui contribue à la baisse de la fécondité, et il n’y a pas de "fascisme" derrière ça.
Tout d’abord, il faut comprendre pourquoi dans les pays en retard de développement, la fécondité a augmenté et est devenue très forte, même si elle est en diminution notable.
Tradition et coutume : tout d’abord dans les pays à forte majorité musulmane, les enfants sont une bénédiction de Dieu ; plus généralement, la famille nombreuse est bénie des dieux ou génies.
Solidarité générationnelle et coutumière : dans des régions où la retraite n’existe pas, les enfants sont une "aasurance vieillesse" lorsqu’on est devenu trop âgé pour subvenir à ses propres besoins. Les enfants vous prennent en charge. Plus ils sont nombreux, plus la prise en charge est moins pesante pour eux ; par ailleurs dans des régions où la mortalité et en particulier la mortalité infantile est élevée, avoir un grand nombre d’enfants laisse espérer que quelques uns vous survivront pour vous prendre en charge.
Forte fécondité : compensation "naturelle" de la forte mortalité infantile ; or avec les campagnes de vaccination et les aides pour améliorer les conditions de vie et les quelques améliorations médicales (aussi minimes qu’elles puissent paraître) : la mortalité infantile, même si elle reste élévée, baisse, laissant en vie un plus grand nombre d’enfants qui potentiellement deviendront adultes ; c’est l’un des aspects fondamentaux de cette croissance démographique galoppante à partir des années 1970, accompagnée par la hausse - aussi légère soit-elle - de l’espérance de vie. Cette amélioration n’est pas compensée, comme dans les pays occidentaux, par des moyens de contraception.
Maintenant, le seul fait qu’une fille aille à l’école retarde son âge au mariage, âge repoussé d’autant qu’elle poursuit ses études. Le simple fait d’accepter qu’elle s’y rende rompt avec la vision traditionnelle de la femme : elle n’est plus considérée comme une fille qu’il faut marier dès qu’elle a atteint l’âge nubile, mais de plus en plus comme peut-être un nouvel espoir d’aider la famille autrement que par les moyens coutumiers. L’éducation lui permet aussi de prendre autrement conscience de son corps et d’elle-même ; c’est un fait : et en quoi est-ce scandaleux ?
Ce qui est sûr c’est que dans les pays les plus en retard, et souvent les régions sahéliennes ou de steppe, la forte fécondité dopée par l’action humanitaire (vaccination, aides diverses...) déséquilibre complètement les systèmes agraires coutumiers : la population augment plus vite que les moyens de subsistance. La solution n’est pas dans la révolution verte telle qu’on l’avait espéré pendant longtemps. Elle se révèle aujourd’hui relativement désastreuse en Inde, ayant appauvri non seulement les sols mais aussi le patrimoine agricole : standardisation des espèces de riz, par exemple faisant disparaître les centaines, pour ne pas dire les milliers d’espèces différentes qui se révélaient en fait, chacunes, mieux adaptées que les "standards". De plus, dans les population dont le vie reposait sur l’activité pastorale (Sahel, Kalahari, Mongolie...), l’accroissement de la population conduit à un surpâturage (plus de troupeaux pour nourrir plus de population) et à une dégradation des sols et à la disparition de la végétation : c’est une participation active de l’homme à la désertification, sans compter les ravages du piétinement des ces troupeaux plus nombreux sur les sols où la végétation se fait de plus en plus rare. La solution n’est pas d’envoyer nos surplus alimentaires, ceux qui nous coûtent cher à stocker... et qui déséquilibrent les marchés locaux, mais d’aider ces population à retrouver un équilibre. Le maintien à la terre est nécessaire à la lutte contre la désertification et permet d’éviter à ces nombreuses populations de s’échouer dans les bidonvilles qui ne cessent de s’agrandir.
Dans les nombreuses raisons de l’exode rural, il y a l’espoir de permettre à son enfant d’aller à l’école et de connaître une meilleure vie. Les enjeux d’une éducation au village : maintenir ces populations sur leurs terres ancestrales et les aider à retrouver un équilibre agraire. Le problème, très simplifié ici, est extrêmement complexe et les eujeux dépassent ces visions simplistes sur la "maîtrise par la femme de son corps". De fait, les progrès médicaux ont participé à la croissance démographique et rompu un équilibre traditionnel. Maintenant à y réfléchir : le sort de ces jeunes filles mariées à peine nubiles et destinées à reproduire (pour les raisons citées au-dessus) est-il enviable et préférable à une certaine émancipation par l’éducation ?